Le fonctionnement et l’utilisation de la reconnaissance faciale inquiète, aussi bien la CNIL que l’Autorité norvégienne de protection des données. En effet, avec plus de 900 millions d’utilisateurs, le réseau social possède une technologie assez conséquente.
La protection de la vie privée et des données personnelles constitue l’une des priorités à l’heure actuelle. Que ce soit par les plaintes auprès de la CNIL afin d’obtenir un droit à l’oubli sur Internet ou par le débat actuel.
Un enjeu européen.
Ces enquêtes sur ces procédés succèdent à l’annonce de l’acquisition de Face.com par Facebook. Après Instagram et Lightbox, le réseau social s’offre une troisième société de photographie numérique, ce qui est assez révélateur de la tendance actuelle. Face.com est une société isralienne spécialisée dans la reconnaissance faciale. C’est d’ailleurs par cette dernière que Facebook a lancé son procédé de reconnaissance.
Ce rachat par Facebook a suscité un débat parmi les défenseurs de la vie privée et de la protection des données. L’ONG anglaise, Privacy International, avait déclaré « Nous espérons voir des garanties très strictes sur la façon dont ces informations seront stockées et qui y aura accès, en particulier si, comme cela semble de plus en plus probable, Facebook essaye de se faire de l’argent avec ».
Le groupe de travail « Article 29 », collectif des CNIL européennes, a rendu un rapport en mars dernier sur la reconnaissance faciale en préconisant des recommandations permettant le respect de la vie privée des internautes. « Quand une image numérique contient le visage de quelqu’un qui est clairement visible et qui permet une identification, cela devrait être considéré comme une donnée personnelle ».
Le groupe ajoute également que les personnes téléchargeant des photos sur ces réseaux doivent avoir préalablement consenties à l’analyse de leurs photos par un logiciel de reconnaissance. Ce consentement préalable n’existe pas sur Facebook à l’heure actuelle.
Chaque pays enquête alors à son niveau.
Du côté de la France.
La CNIL enquête sur « la place des photos et vidéos dans la vie numérique en ligne et la perception des outils de reconnaissance d’image et de reconnaissance faciale ». La CNIL s’explique « 300 millions de photos sont publiées chaque jour sur Facebook (…). Or, les photos de personnes voire de certains lieux peuvent être considérées comme particulièrement sensibles dans la mesure où il devient de plus en plus facile d’appliquer sur elles des technologies d’analyse d’images sophistiquées, en particulier la reconnaissance faciale. Qui plus est, les images qui restent stockées et sont largement dupliquées alimentent la question du droit à l’oubli. » En effet, par le développement massif des smartphones, tablettes et des multiples applications de partage de photos, les pratiques d’identification se généralisent.
Outre la reconnaissance faciale, la CNIL s’intéresse également à la reconnaissance vocale, comme Siri pour l’iPhone 4S ou Google Now.
Il s’agit donc de s’interroger sur les conséquences de ces procédés sur la vie privée et sur le respect des données personnelles. Cette « enquête » se fera par le biais d’un marché public. La CNIL a ciblé un échantillon de personnes majeures dites représentatives de la population française, et sur un « sur-échantillon ». Les habitudes numériques seront étudiées, comme le matériel, les utilisations des tags d’identification, la quantité de photos prises et leur but. Aussi, la CNIL s’attardera sur les règles de partage et de restriction d’accès sur les réseaux sociaux et applications de partage.
Par les conclusions de cette enquête, la CNIL espère pouvoir mettre en avant les protections offertes aux utilisateurs et protéger la vie privée.
Du côté de la Norvège.
La France n’est pas le seul pays à s’inquiéter des ces nouvelles technologies. Une enquête s’ouvrira en Norvège à la rentrée prochaine.
Bjorn Erik Thon, commissaire de l’Autorité norvégienne de protection des données (équivalent de notre CNIL), a déclaré « C’est un outil très puissant que Facebook a en sa possession et la façon dont tout cela fonctionne n’est pas encore claire. Ils ont des photos de centaines de millions de personnes. Ce que possède Facebook dans ses bases de données est un sujet de discussion que nous devons aborder avec eux. »
L’enquête sera menée avec l’Autorité de protection des données irlandaise, autorité ayant demandé en décembre dernier à Facebook de mettre à disposition des « des explications plus simples (sur) sa politique sur la vie privée » et « un accès simplifié et une mise en valeur de cette politique ». Un rapport doit être publié afin d’évaluer les changements effectués depuis cette requête.
Et Facebook ?
Le réseau social se défend par la création d'une page dédiée aux suggestions d’identification, expliquant le procédé. « Nous utilisons un logiciel de reconnaissance faciale qui utilise un algorithme pour calculer un chiffre unique basé sur le visage d’une personne, comme la distance séparant les yeux, le nez et les oreilles. Ce modèle est basé sur les photos dans lesquelles vous avez été identifié(e) sur Facebook. Nous utilisons ce modèle pour suggérer des identifications lorsque vous ajoutez une photo sur Facebook. Ces modèles ne sont créés que pour les personnes qui ont été identifiées dans des photos sur Facebook. »
Facebook rassure en ajoutant « Personne n’est identifié automatiquement » mais « quand une photo qui vous ressemble est téléchargée, nous suggérons l’ajout de votre identification ».
Même si l’identification suggère un accord de la personne, l’analyse de la photo se fait sans le consentement de la personne concernée, ce qui peut être attentatoire à la personne et aux données personnelles. De plus, même non utilisées, ces identifications constituent une base de données plus que massive ! Le calcul est simple : plus de 900 millions d’utilisateurs et presque autant de photos ajoutées chaque jour.
Facebook permet aux utilisateurs de s’exclure des suggestions d’identification. Cette exclusion ne se faisant pas automatiquement et nécessitant une manipulation de l’utilisateur, manipulation d’ailleurs peu connue, un nouveau problème apparait.



















